FRACTIONS INÉDITES

  • La chaîne sans fin des causes et des effets : il faut la remonter indéfiniment pour pouvoir atteindre la nature des choses et dissoudre toutes les ignorances qui sont causes de nos souffrances.
  • La vie n’a guère besoin de présenter, ni même d’acquérir un sens pour être appréciée, ou simplement acceptée; elle est, cela devrait suffire, il semble. Tout sens n’est pas nécessairement vérité; or, la vie est, elle, vérité absolue.
  • Celui qui, assuré d’avoir saisi la nature véritable de la divinité, ne va pas sur-le-champ, toutes affaires cessantes, se précipiter au fond d’un désert, n’a pas vraiment compris…
  • Qu’elle soit sertie dans la nature, dans les œuvres, dans les corps, toute beauté n’est là, semble-t-il, que pour activer le désir d’une beauté plus haute, permanente et absolue…
  • On a beau se redire et se convaincre encore que le plus beau des corps est une poche d’ordures, de viscères, de sang, d’humeurs, de sécrétions, de pourritures diverses, un futur cadavre aussi, rien n’y fait : lorsque d’aventure on se retrouve en sa présence, on y plonge comme s’il s’agissait du plus céleste des délices. C’est même par là que la vie devient un encombrant mystère...
  • L’indignation devant certaines ignominies contemporaines dénonce chez ceux qui la manifestent une méconnaissance absolue de la condition humaine ; ne savons-nous pas depuis toujours ce dont l’homme est capable en additionnant tant de catastrophes à tant d’apocalypses ? Ce n’est pas l’indignation qu’il convient de montrer mais la pitié.
  • La lecture quotidienne des gazettes donnent à ceux qui s’y adonnent (c’est-à-dire la plupart) l’illusion, devenue obligatoire en nos temps, d’être, comme on dit, au courant -- en fait, on ne sait rien du tout que d’accessoire et d’inessentiel.
  • D’un côté, certains se font un point d’honneur de ne rien entendre à l’informatique ; de l’autre, obnubilés par le gadget, certains autres passent des heures à vous entretenir jusqu’à l’ivresse de la jouissance que leur procure la découverte de la manœuvre qui leur permettra de mettre un accent sur une majuscule… Des deux côtés, on est dans l’accessoire… N’y aura-t-il jamais moyen, grands dieux ! que l’homme se hausse enfin à la hauteur de ses propres découvertes et sache s’inventer une mesure entre la vanité et la désinvolture ?
  • Drôle d’époque, qui loue toutes les différences, sauf celle de l’indifférence
  • Il faut avoir une santé morale bien précaire pour accepter le monde tel qu’il est, et plus précaire encore pour désirer le changer en ce qu’on croit qu’il devrait être.
  • Il y eut une éternité pendant laquelle je n’étais pas, il y en aura une autre pendant laquelle je ne serai plus ; le peu qui aura été entre ces deux éternités semble si infime qu’il serait mal venu de s’en inquiéter, ou de s’en désoler…

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Jean Marcel

 

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